Juridique3 avril 2025 · 9 min de lecture

Clause résolutoire dans un bail : fonctionnement et procédure

La clause résolutoire est la disposition la plus protectrice pour le bailleur dans un contrat de location. Elle permet de résilier le bail automatiquement sans avoir à obtenir une décision de justice. Mais son activation doit suivre une procédure précise.

Sommaire

1. Définition et base légale

2. Les cas d'activation de la clause résolutoire

3. La procédure d'activation étape par étape

4. Le délai de deux mois : comment ça fonctionne ?

5. Que se passe-t-il après la résiliation ?

6. Les droits du locataire face à la clause résolutoire

7. Sans clause résolutoire : la résiliation judiciaire

8. Les erreurs qui invalident la procédure

1. Définition et base légale

La clause résolutoire est une stipulation contractuelle qui prévoit la résiliation automatique du bail en cas de manquement du locataire à ses obligations, sans qu'il soit nécessaire d'obtenir une décision judiciaire préalable. Elle est prévue par l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989.

Sans clause résolutoire, le bailleur doit obligatoirement saisir le tribunal judiciaire pour obtenir la résiliation du bail, puis engager une procédure d'expulsion distincte. La procédure peut durer 18 à 36 mois. Avec une clause résolutoire bien rédigée et correctement activée, ce délai est considérablement réduit.

💡 Important : Même si le bail contient une clause résolutoire, la résiliation ne devient définitive qu'après validation par un juge (ordonnance de référé). La clause accélère la procédure mais ne supprime pas entièrement le contrôle judiciaire.

2. Les cas d'activation de la clause résolutoire

La clause résolutoire peut être activée dans les cas suivants, qui doivent être expressément listés dans le bail :

01

Non-paiement du loyer ou des charges

Le cas le plus fréquent. S'applique même en cas de paiement partiel ou irrégulier. Un seul mois impayé suffit pour engager la procédure, mais il est conseillé d'attendre la récurrence.

02

Non-paiement du dépôt de garantie

Si le dépôt de garantie prévu au bail n'a pas été versé à la signature, la clause peut être activée immédiatement.

03

Défaut d'assurance habitation

Si le locataire ne fournit pas d'attestation d'assurance après mise en demeure restée infructueuse pendant 30 jours.

04

Sous-location non autorisée

Toute sous-location sans accord écrit préalable du bailleur, y compris via des plateformes comme Airbnb.

05

Troubles de voisinage

Uniquement si les troubles ont été constatés par une décision de justice définitive.

06

Utilisation contraire à la destination

Exercice d'une activité commerciale ou professionnelle non autorisée, transformation en logement touristique...

07

Dégradations volontaires

Dégradations intentionnelles constatées par tout moyen probant.

3. La procédure d'activation étape par étape

L'activation de la clause résolutoire est une procédure encadrée qui doit être suivie à la lettre. Une erreur de procédure peut invalider l'ensemble de la démarche et vous obliger à recommencer.

Étape 1

Le commandement de payer (cas d'impayé)

Pour les impayés de loyer, la procédure commence par un commandement de payer délivré par un commissaire de justice. Ce document officiel met le locataire en demeure de régler les sommes dues dans un délai de deux mois. Il doit être transmis simultanément à la CAF si le locataire bénéficie d'APL, et au préfet si le locataire a un garant Visale.

Étape 2

La mise en demeure (autres cas)

Pour les autres manquements (défaut d'assurance, sous-location, troubles de voisinage), le bailleur adresse une mise en demeure par LRAR au locataire. Cette mise en demeure doit décrire précisément le manquement constaté et accorder un délai pour y remédier (généralement 30 jours pour l'assurance).

Étape 3

L'expiration du délai de deux mois

Si le locataire ne régularise pas sa situation dans le délai de deux mois, la clause résolutoire est acquise de plein droit. Le bail est réputé résilié. Mais cette résiliation n'est pas opposable au locataire sans intervention judiciaire.

Étape 4

La saisine du tribunal en référé

Le bailleur doit saisir le tribunal judiciaire en référé pour faire constater la résiliation et obtenir une ordonnance d'expulsion. Le juge vérifie que la procédure a été respectée et que le locataire n'a pas régularisé. Cette audience de référé est généralement fixée dans un délai d'un à trois mois.

Étape 5

L'ordonnance d'expulsion

Si le juge valide la résiliation, il prononce l'expulsion du locataire avec un délai de libération (généralement deux mois, pouvant être allongé par le juge en fonction de la situation personnelle du locataire). Le bailleur peut demander au juge de fixer une date d'expulsion et de condamner le locataire au paiement des loyers dus.

4. Le délai de deux mois : comment ça fonctionne ?

Le délai de deux mois est le délai légal accordé au locataire pour régulariser sa situation après le commandement de payer ou la mise en demeure. Ce délai commence à courir à compter de la signification (délivrance officielle) du commandement ou de la réception de la mise en demeure.

Pendant ce délai, le locataire peut :

  • Régler l'intégralité des sommes dues, y compris les frais d'huissier
  • Fournir l'attestation d'assurance manquante
  • Mettre fin à la sous-location non autorisée
  • Régulariser tout autre manquement visé par la mise en demeure

Si le locataire régularise sa situation en intégralité avant l'expiration des deux mois, la clause résolutoire ne peut pas être activée. Le bailleur ne peut pas tenir compte d'un paiement partiel : seul le règlement complet des sommes dues fait obstacle à l'activation.

5. Que se passe-t-il après la résiliation ?

Une fois l'ordonnance d'expulsion obtenue, le bailleur doit respecter la procédure légale d'expulsion. Il est interdit de procéder à une expulsion sans décision de justice, même si la clause résolutoire est acquise. Toute expulsion "voie de fait" (forcer les serrures, couper l'électricité, intimider le locataire) est pénalement réprimée.

L'expulsion est réalisée par un commissaire de justice, accompagné si nécessaire de la police ou de la gendarmerie. Elle ne peut pas avoir lieu pendant la trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars), sauf décision spéciale du préfet.

6. Les droits du locataire face à la clause résolutoire

Même face à une clause résolutoire régulièrement activée, le locataire dispose de droits importants :

  • Il peut demander au juge des délais de paiement allant jusqu'à 2 ans (délais de grâce)
  • En cas de délais accordés par le juge, les effets de la clause résolutoire sont suspendus
  • Le locataire en situation de grande précarité peut saisir les services sociaux pour obtenir un relogement
  • La trêve hivernale protège les locataires de toute expulsion du 1er novembre au 31 mars

7. Sans clause résolutoire : la résiliation judiciaire

Si le bail ne contient pas de clause résolutoire, le bailleur ne peut obtenir la résiliation qu'en saisissant le tribunal judiciaire au fond (procédure ordinaire). La durée de cette procédure est nettement plus longue : 12 à 24 mois en moyenne, contre 6 à 12 mois avec une clause résolutoire.

C'est la raison pour laquelle l'inclusion d'une clause résolutoire bien rédigée est considérée comme une obligation pratique pour tout bailleur. Elle ne coûte rien mais peut faire économiser des mois de procédure et plusieurs milliers d'euros.

8. Les erreurs qui invalident la procédure

  • Ne pas faire délivrer le commandement par un commissaire de justice : un courrier LRAR du bailleur ne suffit pas pour le commandement de payer
  • Oublier de notifier simultanément la CAF et le préfet si applicable : cette obligation est impérative
  • Calculer incorrectement le délai de deux mois : le délai court à compter de la délivrance, pas de la date du commandement
  • Accepter un paiement partiel après la délivrance du commandement sans réserve écrite : cela peut être interprété comme une renonciation à la résiliation
  • Changer les serrures ou couper les fluides avant l'ordonnance d'expulsion : cela constitue une infraction pénale
  • Ne pas respecter la trêve hivernale pour procéder à l'expulsion effective

Clause résolutoire incluse dans votre bail

Notre générateur intègre automatiquement une clause résolutoire complète dans chaque contrat.

Générer mon contrat →

Articles liés